Message du Professeur Zolmirel

Nous sommes entrés un par un à la centrale de décontamination, passant sous des lumières irisées et des champs d’énergie assez vifs destinés à neutraliser certaines bactéries en notre corps. Pour ce faire, il a fallu retirer tous nos habits, puis à la fin de cette opération, nous en avons enfilé d’autres, parfaitement aptes à nous protéger des effets du vol spatial. Enfin, nous sommes entrés dans la nef, passant sous les éclairages prophylactiques situés près de l’entrée.

Tout l’intérieur de la nef avait subi un traitement identique, y compris les effets personnels de chacun d’entre nous. Nous ignorions si les organismes de nos amis semi-éthérés contenaient quelque bactérie. Nous ne voulions pas les mettre dans l’embarras. Mais ils ne firent nul commentaire, se contentant de faire comme nous et de franchir chacun des rayons le plus naturellement du monde.

Chacun est monté dans la nef, gagnant un siège qui lui était réservé. Les sièges des enfants étaient plus petits et adaptés pour les protéger lors des phases d’accélération.

La porte se ferma.

Erazel sourit et prononça une bénédiction.

– Aux grands explorateurs de l’espace. Veillez bien notre mission, veillez l’âme que je suis pour vous garantir le meilleur chemin, et en revenir. Que la grâce des étoiles soit nôtre. Je suis vôtre, unie par l’esprit à vous, grandes âmes vaillantes qui ont tracé les premières routes de notre quadrant. Recevez ma gratitude, nous sommes unis dans la même quête.

Je versais quelques larmes, car cet instant était très fort. Il me sembla percevoir en arrière plan, des présences attentives, effectivement, aptes à nous offrir le réconfort de leurs conseils en ce lieu obscur et perdu que pouvait être l’espace.

Orel et Dorian ne disaient mot, les réacteurs du vaisseau étaient représentés par un schéma très net sur le tableau de bord. Erazel était chargée du pilotage, assistée d’Amoni et d’Orel, qui consultait les cartes avec les principales trajectoires connues de météores. Dorian, lui, surveillait les cadrans des systèmes de recyclage en atmosphère du vaisseau, mais aussi en eau et en nutriments. Quant à moi, j’étais chargé de veiller au bien être des plantes. Les enfants, eux, devaient se charger des instruments de prise de vue, et des détecteurs longue portée. Le vaisseau était équipé de nombreuses cellules photographiques, et de nombreux sondoscopes.

La portée des instruments avait été améliorée et leur sensibilité était excellente, notamment aux petits corps rocheux non répertoriés, qui risquaient de s’encastrer dans la coque. Un bouclier radiant très vaste protégeait notre immense nef de ce que les chercheurs nommaient la poudre spatiale, et aussi bien sûr des hauts rayons énergisants.

La sage Erazel, avec nos amis êtres de Lumière devaient aussi veiller, bien évidemment, sur tous les voyants indiquant la bonne marche du vaisseau. Ce dernier communiquait par des sons sourds et des gazouillis légers mélodieux. Erazel comprenait parfaitement chaque signal, et le petit Zilner écoutait toute cette musique bien nouvelle pour lui, avec émerveillement. Son siège était voisin de celui d’Amoni et de celui de Dorian.

Un son grave et profond retentit dans l’habitacle. Le vaisseau était paré, la puissance d’éjection était nominale.

– Mes amis, à nous l’espace, fit la sage Erazel avec un large sourire

– A nous l’espace ! avons-nous répété tous avec une joie immense

Notre ancienne si sage a élevé plusieurs manettes, le vaisseau s’est soulevé avec une grâce infinie, sortant de ce berceau de verdure. Face à nous, la jungle environnante était richement éclairée par l’éclat du navire. Les premières étoiles scintillaient au zénith et la grande arche galactique nous appelait, comme en un murmure. Notre vaisseau a accéléré très vivement, puis en quelques secondes, il s’est élevé loin au dessus des forêts. Les senseurs, derrière nous, ont révélé les terres qui s’éloignaient, nous étions allongés presque à 45 degrés les pieds vers le haut, afin de compenser l’écrasement.

Une autre accélération a suivi, bien plus vive, notre beau monde émeraude filmé par les instruments à l’arrière, apparut dans toute sa splendeur. Puis, des panaches éblouissants ont envahi le vitrage, Erazel activant la translation dimensionnelle. Le vaisseau a accéléré encore, les G s’accumulant sur nos silhouettes chétives, ensuite les trépidations se sont intensifiées, ma conscience tourbillonnait et vacillait. Je perdis pied quelque peu. Les traînées de lumière ont laissé place à des colonnes éclatantes féeriques, tout est devenu bien plus clair, bien plus lumineux, finalement, un couloir agréable est apparu.

Il laissa place peu à peu au spectacle fantastique des grandes arches stellaires. Nous voguions en une mer immense et terrifiante et les piliers de matière de l’espace apparaissaient en des colonnes sans fin, colossales, avec des jeux de lumière mettant en perspective leur taille sans nom.

Nous avons émergé de notre transe bienheureuse et avons récité des prières, face à la vue à couper le souffle qui nous faisait face.

Orel et Dorian, très émus, se serraient la main sans mot dire, ils semblaient par ailleurs fort joyeux, n’ayant souffert aucunement du vol spatial. Puis, Erazel a occulté le vitrage, ne laissant qu’un écran allumé. Le spectacle du grand vide stellaire est trop effrayant pour un jeune et les enfants allaient bientôt se réveiller.

Amoni était déjà auprès d’eux. Ils allaient bien, Nerti possédait un épanchement mineur au niveau de la main, mais Zilner, bien plus jeune, avait été atteint plus gravement.

Amoni soignait son bras gauche, entouré d’ecchymoses.

– Les plus petits ont souvent des épanchements, expliqua Amoni. Cela vient du fait que leurs parois vasculaires sont plus minces.

– Je comprends, fit Dorian avec un sourire.

Le petit Zilner s’éveilla, vit son bras meurtri et se mit à sangloter. Amoni le berça près de lui, sans succès, il pleurait toujours.

– Peut-être puis-je essayer ? proposa Dorian

– Voici une très bonne idée, soupira Amoni en lui tendant le jeune alien

Dorian le prit dans ses bras et s’assied. Il massa lentement son bras meurtri et le petit Zilner cessa de gémir.

– Pourquoi pleures-tu ? Cela fait-il mal ? s’enquit l’homme de lumière

– Un peu, fit le petit alien. Mais… j’ai peur de l’espace.

– Vraiment ? Et qu’est ce qui t’effraie tant ? s’enquit Dorian avec un sourire

– Les … statues … j’ai très peur que nous fassions naufrage…

– Je comprends. Mais il te faut savoir que dans l’espace existe une vaste organisation chargée de recueillir les naufragés. Ils soignent les blessés. Il y a très peu de ce que tu nommes les statues, ils savent intervenir toujours à temps. Encore de nos jours arrivent des écueils, mais les pertes d’atmosphère sont très rares, assura Dorian. Et nous, nous sommes très bien protégés par ce merveilleux vaisseau !

– J’ai peur, fit le petit alien avec effroi

– Cela se tient en tes souvenirs mon enfant. Lorsque des équipages périssent dans l’espace, cela est détecté. Nous ne les laissons pas ainsi. Des êtres viennent pour leur rendre hommage et les enterrer avec respect sur des mondes isolés. La vie qui est en eux passe dans les sous-sols de ces mondes pour les amener à fleurir, tôt ou tard. Ce n’est pas la fin, mais le commencement d’une nouvelle vie, comprends-tu ? Ceux que tu as vu périr de la sorte ont eu un très grand rôle. Rien n’a lieu par hasard dans l’espace. Leur esprit, lui, a continué sa mission, il renaît, ou guide d’autres équipages. Nous sommes très bien entourés, mon cher petit, fit Dorian d’une voix profonde, passionnée, qui nous saisit tous.

Amoni s’approcha avec un breuvage assez fort et Dorian le fit prendre à notre plus jeune aventurier. Le petit Zilner toussa et sécha ses larmes. Je m’approchais et lui tendit les présents que de nombreux Kolals lui avaient offert avant le départ. Il y avait deux effigies charmantes représentant des spationautes aliens et un petit animal. Il sourit timidement.

Dorian continua de guérir le bras du petit Zilner et bientôt les ecchymoses eurent disparu. Un peu de couleurs revinrent sur son visage. Il s’endormit et Amoni alla l’étendre en sa chambre. Nerti lui, ne se réveillait pas, épuisé par le décollage. Cela était parfaitement normal et nul ne s’en inquiéta.

Nous avons commencé à cuisiner notre premier repas dans la vaste nef. Amoni retrouva son entrain et confectionna un gâteau succulent, je reçus des compliments pour avoir élaboré une délicieuse quiche aux champignons garnie de mousses et de jeunes fougères parfumées. Orel lui, avait cuisiné des beignets aux herbes qui reçurent un chaleureux accueil. Erazel devisait de réacteurs et de turbines de poussée avec Dorian tout en mangeant un cake aux légumes. J’avais un très grand plaisir à deviser avec Orel sur les différents mondes qu’il avait visité.

Nous nous trouvions un peu avant le dessert lorsque les enfants parurent. Chacun se réjouit de les voir sur pied. Le petit Nerti embrassa son père, fou de joie, et Zilner vint s’asseoir à côté de Dorian.

– Regarde, dit-il en lui montrant son bras intact. Tu as tout soigné ! Comment as-tu fait ? demanda t-il d’un air émerveillé

– C’est toi qui as agi de la sorte, mon cher petit, fit Dorian en le serrant près de lui. Tu avais confiance en ce fait, le fait d’être guéri. La foi de se laisser guérir est aussi importante que la foi que l’on a en ses propres facultés de guérison. Vos anciens savent cela, ils activent les mécanismes de régénération du corps, voilà pourquoi ils ne vieillissent pas.

Erazel eut un large sourire, lui faisant un clin d’œil, puis elle replongea dans sa conversation avec Orel sur les tubulures d’admission d’hydrogène.

Le petit Zilner eut un rire ravi. Il se tourna vers Dorian, vivement curieux.

– Toi, tu as beaucoup voyagé dans l’espace ! Comment sont toutes les planètes que tu as vues ? s’enquit-il avec une joie communicative

– Cela est difficile à décrire, la plupart comportaient une atmosphère plus ou moins colorée, d’autres sont couvertes de cratères, de hautes montagnes, de canyons. Certaines sont recouvertes de glaces, ou de hauts volcans.

Zilner cligna des yeux avec surprise, absolument ravi des images télépathiques qu’il percevait.

– Ooh ! Comment fais-tu cela ? C’est comme si je les voyais par ton regard.

– Nous communiquons toujours ainsi, assura Dorian. Demain je t’apprendrai certaines notions de pilotage. Nous allons aussi examiner les routes spatiales que nous emprunterons.

– Il n’y a pas de demain dans l’espace, émit le petit Nerti avec surprise

Chacun rit de cette remarque.

– Certes, le temps ne passe plus de la même manière, mais il faut tout de même se reposer, fit Erazel. Demain, nous avons prévu d’explorer un astéroïde et une lune transorbitale. Nous n’en sommes plus très loin.

– Mais nous avons été assis durant plusieurs heures… fit le jeune Nerti déçu

– Ces mondes attendent nos bons soins, nous avons chargé tout le fret durant le jour. Et ton corps bien jeune a été éprouvé par le décollage, alors il faut aller se coucher, expliqua Amoni

Nerti et Zilner gagnèrent leurs lits. Nerti prit un énorme ouvrage, incapable de fermer l’œil, puis s’endormit finalement. Amoni revint auprès d’eux et constata qu’ils dormaient.

Il décida de faire de même. Erazel, et moi-même avons discuté tardivement, puis notre ancienne s’est assoupie sur ses schémas de réacteurs comme cela lui arrivait souvent. Nullement fatigués, Orel et Dorian surveillaient le vaisseau comme il en avait été convenu.

J’ai été plus que ravi de relater ce beau voyage stellaire. Soyez remerciés de l’avoir lu, enfants de la Terre bleue,

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